A découvrir l’amour, je l’initiais un peu : De ses quinze printemps j’étais respectueux, J’avais un an de plus, et assez d’expérience Pour ne pas brusquement blesser son innocence.
Afin de conjuguer le joli verbe aimer Je lui donnais des cours, qu’elle semblait priser, Où elle se montrait une élève assidue Dont les progrès subits me laissaient éperdu !
Une active araignée, là-haut tissait sa toile Pendant que nous pensions atteindre les étoiles, Elle, à qui j’apprenais les degrés du plaisir Et moi qui succombais humblement au désir…
Sous le toit du grenier, la chaleur de l’été Faisait danser parfois, dans un rai de lumière, Le mirage doré de ces grains de poussière Qui donnaient aux baisers un goût d’éternité.
L’été ronfle Bain de soleil dans le jardin La belle appâte Le bel apache à pattes Ciel, herbe, terre Plaisir solitaire? Que nenni Oh la douce guerre En ses féminines Etamines Qui libèrent Sous les coups de boutoir (Oh, ce n’est pas un boudoir !) Le pollen radieux O ciel, o cieux Même la nature nous fait la nique !
Par un neveu disert, affable s’il en fût Nous étions invités et ne fûmes déçus, Dans ce sublime hôtel, bâti au bord des flots Qui battent les rochers, là-bas à Tizzano…
La lune, fin croissant, ornait le ciel d’été De notre île, joyau de Méditerranée. On se crut embarqués pour un très long voyage Quand les grands coups de vent échappés du rivage
Entrèrent dans la pièce où nous étions assis, Nous apportant des parfums d’iode et de maquis Et les accents rêveurs de tendres mélopées Souvenirs d’une Corse attachée au passé.
Le repas fut construit avec délicatesse, La soupe de poissons fut pleine de promesses, Les vins du Sartenais, à la robe rosée, Coulèrent dans le verre emperlé de buée.
La moule accompagnait la fraîche langoustine Dans un concert goûteux composé en cuisine Et dont les harmonies enchantaient nos assiettes Où les mets raffinés célébraient une fête,
Car le plaisir de l’œil n’était point négligé : Des mains attentionnées devant nous, déposaient Une assiette agencée comme un tableau de maître Où le talent du chef inspiré faisait naître
Des reliefs étonnants, des parfums inédits, Relançant l’intérêt, autant que l’appétit. Le dessert arriva, qui fut la récompense. Nougats et chocolats entrèrent dans la danse,
Tandis que devant moi, fut posée une nage De fruits frais, décorés du délicat feuillage D’un alkékenge mûr, qu’on nomme « amour en cage », Ou encor, physalis ! Choisissez le plus sage
De ces noms tentateurs qui chatouillent l’oreille, Introduisent l’esprit au jardin des merveilles Tandis que de la langue, et aussi du palais, Vous comblez votre corps de sensualité !
Notre hôte s’éclipsa à la fin du repas. Courtoisement discret, au plaisir, il laissa Ses invités ravis, qui aujourd’hui s’enchantent D’une hospitalité chaleureuse et charmante.
Sur cette soie tendue Au soleil de l’été Un bijou délicat Est venu se poser Un bijou de métal, Taille fine élégante Pique la chair offerte Avec entêtement. Le poison distillé Dans la peau se répand C’est un jour rose et bleu De l’été triomphant Où le venin s’infiltre Insidieusement.
Rampant dans le jardin, le chiendent maléfique Lorgnait d’un oeil narquois une pomme d’amour Qui, gorgée de soleil, satinée , magnifique Rendait grâce à l’été à la fin d’un beau jour. “Ne vous réjouissez, disait la sale bête Je vivrai plus que vous ne pouvez l’espérer, Je suis au plus haut point vivace, et tiendrai tête Au piocheur intrépide, au meilleur jardinier Vous renaîtrez, c’est sûr, dit la belle en courroux Mais pour mieux étouffer le sol, ô plante ingrate Tandis qu’à petit feu, à bouillonnements doux On confira ma chair virant à l’écarlate ! Je consens fièrement à mourir par le feu : De cet acte final on tirera substance, L’homme se nourrira de mes sucs délicieux Alors que pour son dos, vous n’êtes que souffrance.
Si l’on me sacrifie, ce n’est point par dépit C’est par admiration pour mon goût délectable, Il me plaît d’ honorer les ardents appétits Conviés au giron généreux d’une table.
Et l’on s’exclamera , me voyant rutiler Sur la pizza dorée, sur la pâte moelleuse, Associée au râpé que l’on fera filer Dans un double plaisir qui me rendra heureuse ,
Tandis qu’au vent mauvais d’un jardin hivernal Dans le vent et le froid, et peut être la glace Vous ramperez, sournois, et, ne songeant qu’au mal Nourrirez vos bourgeons en attente vorace…
Toujours et sans répit on vous pourchassera Un moderne poison à l’allure assassine Sous des coups sans merci vous éradiquera Tandis que je vivrai, reine de la cuisine !
Il en fut fait ainsi que le disait la belle Le chiendent expira sous les coups du poison Et l’on put cultiver sur la grande parcelle Mille pommes d’amour reines de la maison !
De toutes les grives mignonnes Que je fréquentais au printemps J’ai adoré Louise Bonne Son pied leste, ses jolies dents Dans le doyenné du Comice Je l’avais un jour courtisée Elle avait réveillé mes vices S’employant à les attiser
Nous roulions en Packam Triumph Menant la vie à cent à l’heure Je la conduisais en triomphe Sur la grand route du bonheur Nos amours furent éphémères Pour Guyot elle me quitta Je trouvai la pilule amère Mais un autre amour arriva
Ma Louise Bonne d’Avranches Ne fut plus qu’un fol souvenir Je pris aussitôt ma revanche Et s’éclaira mon avenir Avec la douce Alexandrine Douillard (ainsi l’appelait-on) Qu’elle était belle sa poitrine Ornée de si charmants tétons ! Enfin bref, elle était divine
Beurré Giffard en fut jaloux Quand je présentai la coquine Et qu’il tomba à ses genoux Le Général Leclerc lui-même En pinça pour ma dulcinée La saluant, il devint blême Et ce n’était pas du ciné !
Mais il partit en conférence Jugez de mon soulagement S’il avait fallu, pour la France Obéir au commandement ! Entre la poire et le fromage Au repas qui nous fut servi Je vis qu’il trouvait bien dommage Qu’Alexandrine eût le cœur pris !
Nous déguerpîmes sans trompettes Ni tambours, après le dessert Je tenais trop à ma conquête Et je jouai la fille de l’air ! Ah mon Dieu que la nuit fut douce De retour à notre logis Blotti dans les bras de la rousse Qui allait partager ma vie
Nous allâmes chez le Notaire Lepin tous deux le lendemain Afin de traiter nos affaires Cœur à cœur et main dans la main Elle n’était pas une Marquise Je n’étais pas Louis Pasteur Mais je trouvais à ma promise Grandeur, dignité et douceur. Poire d’amour fut dégustée Mais je vous tairai par pudeur Au lit de la virginité Le grand éclat de nos bonheurs !
MARCEK
Alexandrine Douillard Louise Bonne d’Avranches Doyenné du Comice Packam Triumph Guyot Beurré Giffard Général Leclerc Conférence Notaire Lepin Marquise Louis Pasteur Poire d’Amour